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Appétissant en apparence, il ressemblait à s’y méprendre au biscuit nantais, le fameux BN, à ces différences près cependant, qu’il était fade, sec comme un os et dur comme de la pierre, ce qui le rendait presque immangeable. Il était cependant, en remplacement du pain, un des éléments de ce qui avait été baptisé pompeusement « ration de combat » composée en outre de pâtes de fruits, de petits gâteaux de riz et ... de maquereaux au vin blanc.
Pour ceux qui comme moi avaient la chance de recevoir de la part de leur famille des colis pour améliorer l’ordinaire, ces biscuits n’avaient pas vraiment d’intérêt, sauf nécessité absolue. Pour tous les autres – et c’était la majorité des cas – il faisait partie de la ration alimentaire quotidienne ou presque.
Je ne me souviens pas en avoir mangé un en entier. En revanche, je me rappelle en avoir fait tremper un dans du café pendant toute une nuit. En réalité, mon intention n’était pas de le laisser aussi longtemps, mais j’ai dû remplacer un camarade au pied levé pour une garde.
Le lendemain matin ma « préparation » de la veille donnait lieu à un spectacle ahurissant : Sous l’action du liquide, le fameux biscuit s’était transformé en une énorme mousse assez ferme qui débordait largement de son contenant (un quart en aluminium) au point que ce dernier n’apparaissait plus du tout.
Sur le moment, j’ai trouvé le résultat plutôt amusant, mais j’ai réalisé plus tard que le biscuit en question, qui était censé fournir de l’énergie aux pauvres bougres à qui on demandait des efforts considérables, n’était autre qu’un coupe-faim sans aucun intérêt sur le plan alimentaire. On peut imaginer ce que cela pouvait donner à l’intérieur d’un estomac.
Je ne suis pas sûr que le demeuré qui, à l’époque composait ces rations, avait assez de jugeotte pour évaluer les risques qu’une pareille stupidité était capable de faire courir à de jeunes hommes dont les besoins étaient importants en raison des efforts hors de proportions qu’on leur imposait en permanence.
Le djebel Ahmar Kraddou - altitude 1700 m. environ - dans le massif de l'Aurès.
Sur ces pentes terribles, on demandait à des graçons de 20 ans
d'aller risquer leur vie pour des clopinettes, avec de la "paille" dans l'estomac.